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 Grief is a species of idleness ◉ PV JULIET.

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Jack N. Lawrens
GRUMPYADMIN
follow the leader.
Féminin MESSAGES: 13649
INSCRIT(E) LE: 22/02/2010
AGE: 32 ans.
MÉTIER: ancien militaire.
HUMEUR: fatigué, mais déterminé.

BORN TO RUN
SECRETS : le suicide de ma mère et mon enlèvement en Afghanistan. Personne n'a besoin de savoir.
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MessageSujet: Grief is a species of idleness ◉ PV JULIET.   Sam 8 Oct - 15:53


« To his own parents, he has been an ungrateful child. To his country, an indifferent citizen. To his brothers and his sister, affectionate, but remote. With his friends, an egotist. With love, lazy. With brightness, dull. With power, passive. With his own soul, evasive. »

Jack referma le livre d'un coup sec et resta pendant de longues minutes songeur, fixant d'un œil fatigué la couverture de Herzog qu'il tenait entre ses mains. Ayant arrêté ses études très tôt, il n'avait jamais été un grand lecteur et le regrettait parfois lorsqu'il regardait Maxine lire. Il ne lui avait jamais avoué, mais face à elle qui avait fait des études plus longues que lui, il se sentait parfois idiot. Ce n'était pas qu'il détestait lire mais plutôt qu'il n'en avait jamais éprouvé la nécessité. Il était d'une telle nervosité qu'il était en fait incapable de rester plus d'une demi-heure à la même place et optait donc pour l'exploration de la jungle. Depuis deux jours, il n'avait cependant plus le choix et suite à sa chute de la falaise, était contraint au repos forcé. Afin de faire passer le temps plus rapidement, il avait donc ressorti du fond de sa valise un livre qu'il avait trouvé le jour du crash et s'était, du moins au début, forcé à le lire. L'histoire était plutôt déprimante : Moses Herzog, dont le nom était déjà tout un programme, venait de se faire quitter par sa seconde femme qui était partie avec son meilleur ami. Doublement trahi, le pauvre homme rentrait en dépression et tout en ressassant l'échec de son mariage, commençait à écrire des lettres qu'il n'enverrait jamais à ses proches ou à des hommes célèbres, vivants ou morts. Le livre n'avait rien d'entraînant et ne comportait aucune péripétie, mais Jack lut avec avidité sans se rendre compte que la nuit était en train de tomber. Ce ne fut que lorsqu'il lut ce passage qu'il réalisa que la soirée était déjà bien entamée. Le livre posé sur sa poitrine, il essayait de chasser l'idée de sa tête qu'il puisse avoir quelque en commun avec cet homme au bord de la folie et dont la vie était un échec. Et pourtant, il devait reconnaître que leurs points communs étaient nombreux : tout comme Herzog, il avait déçu les gens qu'il aimait. Il avait refusé de faire des efforts pour sauver sa relation avec Sephora, ne pensait plus qu'à lui-même au lieu de se préoccuper de ses amis et avait volontairement mis de la distance entre lui et sa sœur par pur égoïsme.
Juliet... Il ne cessait de penser à elle depuis son accident. Il avait été extrêmement dur avec elle lors de leurs retrouvailles et avait donc gâché tout espoir de réconciliation alors qu'il ne voulait qu'une seule et unique chose : être à nouveau proche d'elle. Sa sœur venait de survivre à un crash d'avion, elle était enceinte et pour ne rien arranger, elle était seule, même si Jack ne pouvait que se réjouir de la mort d'Anthony. Néanmoins, Jack la connaissait suffisamment pour savoir que malgré sa force et son courage, Juliet devait être pétrifiée de peur à l'idée de rester sur cette île éternellement. Il se devait donc de la protéger pour rattraper toutes les fois où il avait été absent mais au lieu de cela, il lui avait envoyé les pires horreurs à la figure, comme si elle était responsable de tous ses malheurs. Mais comment se racheter désormais ? Il avait laissé passer sa dernière chance, il en était certain. Juliet ne voudrait plus jamais le voir et dans un sens, c'était bien fait pour lui. Il ne méritait plus de faire partie de sa vie même s'il espérait toujours au fond de son coeur qu'elle accepterait de lui pardonner. Cette idée était ce qui lui avait permis de rester en vie après être tombé de la falaise et il continuait de s'y accrocher désespérément et naïvement.

Le silence du campement était presque inquiétant ce soir-là et Jack eut presque envie de sortir de sa tente pour vérifier qu'il n'y avait aucun problème. Mais il ne voulait pas croiser le regard des autres survivants ou subir leurs questions, il avait été suffisamment agacé par Owen lorsque ce dernier, en le soignant, lui avait demandé ce qui lui était arrivé. Il n'avait rien contre le médecin, il lui devait la vie après tout et même si plus le temps passait et plus il reconnaissait que ce dernier avait raison depuis le début à propos de leurs prétendus ennemis, il ne pouvait pas s'empêcher d'être désagréable avec lui ou de lui désobéir. Owen faisait cependant partie des rares visites qu'il recevait et constituait ainsi l'un des ses seuls contacts avec l'extérieur, avec Maxine et Noya. Il savait donc par eux que le campement était en ébullition depuis la mort de Gemma et que leur panique était croissante. Jack aussi était très inquiet, même s'il s'efforçait de ne pas le montrer à Maxine afin de ne pas l'effrayer davantage. Mais l'affrontement était proche, Jack sentait que quelque chose tramait dans l'ombre. Il savait aussi que quelque chose lui échappait, même un insignifiant détail, mais qui lui permettrait de comprendre enfin l'engrenage dans lequel il s'était engagé. Quelqu'un tirait les ficelles en secret, il n'y avait pas d'autre explication et ils étaient tous des victimes potentielles, désormais.
Sans s'en rendre compte, il glissait peu à peu vers le sommeil tandis que ses pensées confuses continuaient de s'entremêler. Depuis l'accident, il était dans un état de fatigue permanente, ce que son manque d'appétit n'arrangeait pas. Il ne mangeait que le strict nécessaire et s'il avait pu se voir dans un miroir, il ne se serait probablement pas reconnu. Son teint hâlé qui lui donnait bonne mine en tout circonstance était maintenant d'une pâleur digne d'un véritable fantôme. Ses joues creusées faisaient ressortir sa lèvre enflée et les égratignures qui encadraient son visage. Son regard, d'ordinaire vif et agité par la curiosité, étaient à présent mornes et semblaient exprimer toute la souffrance qu'il ne disait pas à voix haute. En effet, il préférait garder la douleur pour lui, même s'il était insupportable parfois, ce qui lui donnait tout de même l'impression de la vaincre. Mais lorsqu'il était seul et qu'il n'avait plus rien à cacher, il se recroquevillait sur lui-même et priait, les dents serrées, qu'elle cesse une bonne fois pour toute. Ce soir-là, elle eut raison de lui car il s'endormit finalement comme une masse, presque assommé par le mal qui rongeait ses membres.
[...]

Il fut réveillé en sursaut par un craquement à quelques mètres de lui et d'une main fébrile, il chercha l'arme qu'il cachait précieusement sous le matelas défoncé qui lui servait de lit. L'attaque dont il avait été victime l'avait rendu encore plus paranoïaque qu'autrefois et il était persuadé que son agresseur finirait par revenir pour terminer ce qu'il n'avait pu finir. Seulement cette fois-ci, Jack ne comptait pas être sans défense et il poussa un soupir de soulagement en attrapant de sa main droite son arme.
Le bruit reprit de plus belle et même s'il était quasi-imperceptible, Jack savait que quelqu'un venait de pénétrer dans sa tente. Maxine le connaissait par cœur, elle ne serait jamais rentrée dans sa tente sans lui annoncer sa visite... Malgré la pénombre, Jack braqua son arme d'une main qui s'efforçait de ne pas trembler sur l'entrée de sa tente, le cœur battant.
« Montre-toi, je sais que t'es là... » lança-t-il d'une voix éraillée à l'inconnu dont l'ombre se dessinait à présent sur un pan de la tente. Tout en gardant un œil sur cette dernière, il attrapa de sa main libre un long bâton de bois qu'il avait demandé à Maxine et qui était censé lui servir de béquille. De cette façon, il parvint, non sans effort, à se mettre debout et à se tenir (presque) droit. Il savait qu'il devait être ridicule mais au moins, il était prêt à se défendre en cas de nouvelle attaque. « Montre-toi ou j'te jure que je tire. » ajouta-t-il d'un ton qui se voulait cette fois menaçant. Il était peut-être diminué physiquement mais il était loin d'avoir perdu l'envie de se battre.

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you're gonna make me lonesome when you go



I’ve seen love go by my door, it’s never been this close before, never been so easy or so slow. 'Been shooting in the dark too long, when somethin’s not right, it’s wrong. You're gonna make me lonesome when you go.

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MessageSujet: Re: Grief is a species of idleness ◉ PV JULIET.   Lun 10 Oct - 0:20


(c)adminette en or



Lentement Jules ouvrit un pan de sa tente, il n’était pas question pour elle de se faire repérer. Depuis l’incident survenu quelques jours auparavant où elle s’était retrouvée à demander de l’aide car on lui avait planté une flèche dans la hanche, Juliet avait décidé de faire profil bas car ses nombreuses escapades étaient vues à présent d’un mauvais œil par les nombreux bons saints maritains qui peuplaient la plage. Après s’être assurée que la plupart des rescapés dormaient sur leurs deux oreilles, la jeune femme quitta son abri pour partir en direction de la jungle où l’attendait sa torche improvisée non sans jeter un dernier coup d’œil à Skyden qui – et c’était plutôt rare – dormait dans sa tente. Juliet tomba tout de même nez à nez avec l’un des Skywest chargé de la surveillance. Elle lui assura ne vouloir qu’aller au petit coin et que son statut de femme enceinte ne lui permettait pas d’attendre avant de s’éclipser discrètement non sans avoir prit soin de récupérer l’attirail qu’elle avait préparé quelques heures auparavant.

Effectivement, dans l’après-midi, alors que la jeune femme était en train de rêvasser sur le sable chaud tout en fixant l’horizon à la recherche d’un éventuel bateau fantôme, elle fût sortit de sa torpeur par une personne qu’elle ne connaissait que trop bien. Eris. Cette femme qui lui avait décoché une flèche bien placée avant de s’apercevoir de son erreur. Cette même femme qu’elle avait connue des années plus tôt en Australie. Cette même femme qui n’était pas venue à son propre mariage alors que Jules y était présente en tant que témoin et demoiselle d’honneur. Elle s’était assurée que personne ne viendrait les déranger avant de la rejoindre : l’alarme intérieure de Juliet s’était déclenchée et rares étaient les fois où ses intuitions étaient fausses. Dès qu’elle comprit que Jack avait eu des soucis, Juliet s’était mise dans un état second. Elle avait continué de fixer et d’écouter distraitement Eris pendant qu’elle lui racontait tout ce qu’elle savait mais son esprit vagabondait ailleurs. Elle s’énumérait toutes les choses dont elle allait avoir besoin pour pouvoir partir rejoindre Jack. Et bien qu’elle ait promis à Eris de ne rien tenter de trop dangereux – elle avait croisé les doigts – son choix était déjà fait. Elle irait retrouver son frère ce soir même quoi qu’il arrive.

Ce fut d’un pas décidé que la jeune Lawrens entreprit une nouvelle fois une expédition sans savoir où elle devait vraiment aller. Mais sa motivation était sans limite. Ecartant les branches d’une main tout en tenant sa torche de l’autre, elle prenait soin à avancer à pas réguliers sans trébucher. Consciente que s’épuiser ne lui servirait à rien, Juliet s’octroya des pauses en nombres illimitées afin de se ménager et surtout de ménager son fils. Sa culpabilité n’avait pas faiblit. Elle s’en voulait toujours terriblement d’infliger toute cette fatigue à son enfant mais elle était persuadée qu’elle ne pouvait faire autrement. Si elle avait tant voulu aller au village abandonné bien que ses comparses s’y soient déjà rendus, c’était avant tout pour vérifier s’ils n’avaient pas oublié des choses essentielles comme par exemple des médicaments. Elle s’était déjà fait surprendre par Chloé alors qu’elle fouillait ardemment dans la pharmacie improvisée du campement. Et elle avait bien compris qu’avaler des médicaments sans savoir leurs effets n’allait pas changer l’état de santé inquiétant de son bébé. Si inquiétant il l’était vraiment. Car de manière objective, si on s’attardait un peu, il n’y avait aucune preuve réelle qui montrait que son bébé allait mal. Jules se basait uniquement sur son intuition qu’elle suivait les yeux fermés. Elle savait, au plus profond d’elle-même, que quelque chose n’allait pas. Et elle voulait mettre toutes les chances de son côté pour tenter de soigner son fils et ce n’était surement pas un sentier dangereux à travers la jungle où bien une flèche logée dans la hanche qui la ferait changer d’avis et rebrousser son chemin.

Mais cette nuit, bien qu’une petite partie d’elle se focalisait sur son enfant, elle ne voulait penser qu’à Jack. Les larmes lui montèrent rapidement aux yeux quand elle se mit à penser à leur rencontre près de la rivière. C’était comme s’ils étaient à présent devenus de parfaits inconnus l’un pour l’autre. Jules chassa immédiatement cette pensée et effaça les quelques larmes qui perlaient sur ses joues d’un geste rageur. Jack restait néanmoins son frère et après les révélations que lui avait fait Zéphyr elle arrivait mieux à le comprendre. On dit que les yeux sont les miroirs de l’âme, et Juliet avait remarqué à quel point ceux de son frère avaient changés. Maintenant qu’elle avait apprit à mettre de la distance entre leur dernière conversation et aujourd’hui, elle arrivait à saisir les imperceptibles détails qui lui avaient échappés le jour même. Si la jeune femme ne devait choisir qu’un mot pour décrire son frère à présent, elle aurait sûrement choisi le mot ‘torturé’. Ses yeux verts à la fois suppliants et sinistres lui revinrent en mémoire et Juliet allongea le pas. Il était hors de question qu’elle l’abandonne une nouvelle fois alors qu’il avait besoin d’elle. Oui, il avait besoin d’elle. Et Juliet sentait le besoin de faire le premier pas. Elle avait souvent eu envie de partir le rejoindre pour une nouvelle fois s’excuser mais le courage lui avait toujours manqué. Elle avait eu peur que son frère ne la rejette à nouveau, ce que ses nerfs n’auraient sûrement pas aimés.

Perdue dans ses pensées, Juliet se heurta à un mur au sens premier du terme. La végétation dense avait maintenant fait place à un épais mur de pierre dont elle n’arrivait pas à déterminer le point de départ. Qu’elle tourne la tête à droite ou à gauche, la vue était la même. Elle savait qu’elle avait atteint son but pour avoir entendu à de nombreuses reprises les rescapés parler de cette palissade. Juliet abandonna sa torche au pied de cette dernière et après avoir bu une goulée d’eau froide pour se ressaisir, elle se mit à genoux, bien décidée à trouver une ouverture. Elle se félicita d’avoir troqué un short confortable pour un pantalon – qui bien que serré à la taille – lui évitait de s’égratigner les jambes. Tout en cherchant à tâtons un endroit où elle pourrait se faufiler, Juliet grimaçait dès que sa jambe droite devenait le point d’appui. La position qu’elle avait adoptée présentait un certain avantage : si jamais un des Stranger viendrait à entendre un bruit, il regarderait naturellement à hauteur de yeux ce qui pouvait laisser le temps à Jules de se cacher. Enfin, c’est ce qu’elle espérait !
Son cœur s’arrêta de battre un instant lorsqu’elle vit deux supposés gardes sortirent des fourrés alentour. Ils se tenaient près de ce qui devait être l’entrée du foyer et Jules retint sa respiration de peur de se faire repérer. Elle écouta néanmoins leur conversation lorsqu’ils se mirent à parler de Jack et bien qu’elle ne comprenait pas l’intégralité de leurs paroles, elle suivit le signe de tête de l’un d’entre eux. Sans doute la tente qu’il avait désignée devait être celle qu’elle recherchait. Jules attendit nerveusement qu’ils entament leur ronde et félicita son frère d’avoir établi son campement près de l’entrée. Il lui évitait ainsi de traverser tout le campement à tête découverte. La jeune femme était tellement obnubilée par la peur de se faire surprendre qu’elle évita toutes les précautions de bases et ne regarda pas où elle mettait les pieds ce qui s’avéra fâcheux. A de nombreuses reprises les branches craquèrent sous ses pieds mais la jeune femme ne rebroussa pas chemin pour autant. Quand elle fut près de la tente recherchée, elle pria intérieurement pour que celle-ci soit la bonne et y entra le plus calmement possible.


Une fois à l’intérieur, Juliet ne bougea pas tout de suite. Elle préférait attendre que les battements assourdissant de son cœur se calme d’eux-mêmes. Elle enleva la capuche qui lui couvrait la tête et se glaça d’horreur en entendant la voix de son frère qui lui intimait de se montrer. Au départ trop alarmée pour oser le moindre geste, elle osa tout de même à signaler sa présence par une simple phrase. Il était hors de question qu’elle se reçoive une balle perdue. « Jack, c’est moi. Ne tire pas. » Elle laissa le temps à son frère de reconnaître sa voix. Elle ne voulait pas bouger tant qu’elle n’était pas sûre qu’il ne la blesserait pas par erreur. Sa jambe droite commençait à la tirailler mais Juliet préférait ne prendre aucun risque. Elle s’était reçue une flèche quelques jours en arrière et bien qu’elle ait réussie à récupérer rapidement, elle ne voulait pas tenter le diable et se recevoir une balle. « On m’a dit ce qu’il était arrivé et … et…si tu savais comme je suis désolée de ce qu’il s’est passé près de la rivière ! » Les craintes qui avaient envahies la jeune femme se dissipèrent rapidement. Un besoin irrépressible de sentir son frère à ses côtés montait en elle. Elle abandonna toute prudence et tendis sa main. Elle avança lentement jusqu’à toucher l’arme que brandissait son frère, elle remonta sa main jusqu’au poignet de Jack et le fit doucement s’abaisser. « Je t’avais fait la promesse du petit doigt l’autre jour. Jamais plus je ne te laisserais. » Bien que ses yeux s’étaient fait petit à petit à l’obscurité, Jules n’arrivait pas à discerner les traits du visages de son frère avec exactitude. Ce dont elle était certaine, c’était qu’il reposait sur quelque chose, qu’il n’arrivait pas à rester debout sans aide. Elle n’avait aucune idée de l’état d’esprit dans lequel se trouvait Jack à son égard. Jules avait éprouvé des remords dès qu’elle eu quitté la rivière, mais qu’en était-il de son frère ? C’est pourquoi elle préféra rester à ses côtés sans toute fois oser le prendre dans ses bras et lui pleurer tous ses regrets. Seuls ses doigts continuaient de courir le long de son poignet à la manière d’une douce caresse.
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Jack N. Lawrens
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INSCRIT(E) LE: 22/02/2010
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MessageSujet: Re: Grief is a species of idleness ◉ PV JULIET.   Jeu 27 Oct - 21:07

And I'm terrified,
for the first time and the last time
In my only life.

Alors qu'il dormait profondément quelques secondes auparavant, Jack était à présent parfaitement réveillé et alerte. Il était habitué aux surprises et aux imprévus mais il était toujours aussi furieux contre lui-même de n'avoir rien pu faire contre ce qui s'était passé aux falaises. Il avait beau savoir qu'il n'aurait rien pu faire pour éviter l'incident, il n'en restait pas moins frustré, comme s'il avait manqué quelque chose. Il s'était donc promis de ne plus jamais se laisser avoir : il avait désormais la preuve que quelqu'un lui en voulait personnellement et il était hors de question qu'un nouvel accident se produise. A partir d'aujourd'hui, il ne dormirait plus que sur une oreille. Et il avait eu raison de se méfier car, à entendre le bruit des feuilles qui craquaient sous les pas, quelqu'un se trouvait à l'entrée de sa tente, et rien ne lui disait que ce quelqu'un n'avait que de bonnes intentions.
L'espace d'un instant, il imagina toutes les possibilités. Ce pouvait être quelqu'un du campement, Noya ou peut-être Trystan, qui n'osait pas parler, de peur de le réveiller. Mais hélas, s'il n'avait rien à craindre de ces deux jeunes gens, il pouvait aussi s'agir de la personne qui lui avait tiré dessus et qui attendait le bon moment pour venir achever ce qu'elle avait commencé. Il essaya de se persuader que cette idée ne lui faisait pas peur, au contraire : après tout, il avait envie de savoir qui était son agresseur et surtout, il voulait se venger. Mais la sueur qui perlait sur son front disait exactement le contraire, tout comme les légers tremblements qui agitaient sa main droite, la main qui tenait son arme. Son corps était tendu, presque aussi raide que le bâton qu'il tenait dans l'autre main et qui l'aidait à ne pas tomber. Son cœur se mit à battre la chamade lorsque les bruits s’arrêtèrent brusquement; il allait bientôt savoir et il était dans un tel état de stress que peu lui importait le dénouement : il s'agirait de toute façon d'une immense délivrance.

La voix qui s'éleva à travers la tente manqua de le faire tomber à la renverse et pendant quelques secondes, il cessa de respirer, la gorge nouée par la surprise et l'émotion. Il était en train de rêver, il était forcément en train de rêver. Comment avait-elle pu... ? Non, il ne voulait même pas savoir, tout comme il ne voulait pas imaginer comment elle avait pu réussir à s'infiltrer dans le camp ennemi. Des milliers de pensées confuses lui traversaient l'esprit mais Jack n'arrivait pas à se concentrer sur une seule d'entre elles. La seule chose qu'il voyait était le doux visage de sa sœur se dessiner dans l'obscurité et au lieu de réagir, il resta sans bouger, incapable de produire le moindre son ou geste. Il avait dans la bouche une amer sensation de déjà-vu et cette idée lui souleva le cœur : il avait bien sûr espéré de revoir sa sœur un jour, mais pas dans ses conditions, pas ainsi ! Mais face à la révolte qui animait son cœur se trouvait la joie de la revoir saine et sauve et surtout, le soulagement de constater qu'elle ne semblait pas fâchée malgré toutes les horreurs qu'il n'avait pu s'empêcher de lui dire lors de leur première rencontre. Elle ajouta d'ailleurs qu'elle était désolée et à ces mots, Jack sentit une immense colère monter en lui. Pas contre elle bien sûr, mais contre lui ! Il l'avait blessée, repoussée et elle trouvait tout de même le moyen de s'excuser : la culpabilité l'envahit, plus forte que jamais et brusquement, il se sentit misérable. Il ne méritait pas tout l'amour qu'elle lui donnait, alors pourquoi s'acharnait-elle à vouloir lui pardonner ses erreurs ? Même s'il était heureux qu'elle ne soit pas bouleversée, il aurait préféré qu'elle lui envoie une pluie d'insultes au visage, comme il avait pu le faire. Là, il avait juste l'impression, comme d'habitude, de ne pas être à la hauteur et cette idée le révoltait à un plus haut point.

Toujours pétrifié par la stupeur et l'avalanche d'émotions qui le submergeait, il resta impassible lorsqu'elle s'avança vers lui et posa sa main sur son poignet afin de le forcer doucement à baisser son arme. Il lui obéit docilement tandis que son regard confus et vague se posait sur la jeune femme. Il ne la voyait pas bien à cause de la pénombre mais il eut l'impression que son ventre avait drôlement grossi depuis leur dernière entrevue. Sa petite sœur serait bientôt mère et brusquement, il eut envie de la prendre dans ses bras et d'agir enfin en grand frère responsable. Mais la phrase qu'elle ajouta le laissa complètement sans voix et acheva de démolir les défenses qu'il s'était empressé de construire dès qu'il avait reconnu Juliet. La douceur de ses doigts contre son poignet, le rappel de la promesse qu'ils s'étaient faites l'un à l'autre, son sourire rassurant... Tout dans l'attitude de sa sœur donnait envie à Jack de déposer les armes mais une autre partie de lui refusait de croire à la situation
. « Je... je... » Il ne savait même pas pourquoi il avait ouvert la bouche car il ne savait pas quoi dire : il était littéralement pétrifié par la surprise et la peur et il alla même jusqu'à regretter de ne pas être en face d'un véritable ennemi, il était certain qu'il n'aurait pas été aussi terrifié. « Je... j'ai besoin de m'asseoir... » déclara-t-il d'un ton brusque tandis qu'il se dégageait lentement mais fermement, de l'emprise de sa sœur. Il ne voulait pas la vexer ou lui montrer qu'il refusait sa présence, mais pour le moment, il avait besoin de prendre du recul sur la situation.
Il recula de quelque pas, l'arme toujours à la main et se laissa retomber lourdement sur le lit non sans mal, tandis que ses articulations endolories se réveillaient à la douleur.
« Mais qu'est-ce que tu... » Il semblait hésiter sur la manière dont formuler les choses. Une fois encore, il ne voulait pas répéter les erreurs qu'il avait faite à la rivière et il ne devait pas laisser son agressivité reprendre le dessus. « Jules... » murmura-t-il finalement alors qu'il levait les yeux vers elle pour la regarder enfin. A présent, il distinguait mieux les traits de son visage et il put constater à quel point elle semblait épuisée. Dire qu'elle était enceinte jusqu'aux dents et qu'elle venait de parcourir, de nuit, plusieurs kilomètres dans la jungle... Elle n'avait pas le droit de sacrifier sa santé et celle de son enfant pour lui, et il comptait bien le lui rappeler. « Mais merde Jules, tu devrais pas être ici ! » Mais évidemment, au lieu de la remercier pour ce qu'elle venait de faire pour lui, il la réprimandait. Il regretta immédiatement ces paroles après les avoir prononcées, mais il était déjà trop tard. Il était extrêmement touché par la présence de Juliet et par sa capacité à pardonner, mais son geste n'en restait pas moins irresponsable. Il frémit à l'idée que sa sœur aurait pu tomber sur l'un des siens dans le campement. Que se serait-il passé si elle avait croisé la route d'Éris ou de Julian ? Et surtout.... Si elle avait réussi à passer à travers les mailles du filet pour l'aller, qu'en serait-il du chemin du retour ? Le simple fait d'imaginer que sa sœur pouvait être capturée et blessée lui donnait la nausée. « Est-ce que tu as pensé une seule seconde à tous les dangers que ça pouvait représenter ? Toi, toute seule, dans la jungle, la nuit ? Tu ne connais pas les miens, tu ne sais pas de quoi ils sont capables ! S'ils te trouvent... Si jamais ils te font quelque chose... Bon sang... » Il mit sa tête entre ses mains et respira profondément. Il devait impérativement garder son calme et réfléchir à une solution. Sans même prendre en compte ce que pouvait dire ou penser Juliet, il se leva rapidement, attrapa le bâton qui lui servait d'appui et mit à marcher dans sa direction. « Ne dis rien. Je ne veux même pas savoir pourquoi tu es là parce que je ne mérite pas ta présence. Tu devrais me détester ! Hein, pourquoi tu me détestes pas ? » Il ne s'en rendait pas compte, mais, alors qu'il cherchait à être le plus discret possible pour éviter d'attirer l'attention, malgré lui, il haussait le ton et la voix. Il n'était ni énervé ni en colère, il était seulement paniqué et complètement perdu.

Ce ne fut qu'à ce moment-là qu'il remarqua que sa sœur semblait, tout comme lui, avoir du mal à rester debout et ce n'était pas seulement à cause de sa grossesse. Ses yeux s'écarquillèrent de surprise lorsqu'il comprit.
« Qu'est-ce qui t'es arrivé ? Qui t'as fait ça ? » Sans lui laisser le temps de répondre, il ajouta : « Non, non, tu me diras ça après... Le plus important, c'est que tu partes d'ici... Il faut que tu partes, d'accord ? N'importe qui pourrait rentrer et... » Plus il parlait et plus ses paroles devenaient confuses mais il ne s'en rendait pas compte du tout. La vérité, c'est qu'il ne savait plus où donner de la tête et qu'il avait une sacrée envie de pleurer.
Il lui attrapa le poignet brusquement pour la forcer à l'écouter.
« Je vais te ramener à la plage. » déclara-t-il fermement tout en sachant parfaitement qu'il n'en était pas capable. Mais il avait besoin de quelque chose de stable et de concret, quelque chose auquel il pouvait se raccrocher dans cette situation qui lui échappait de plus en plus. Et surtout, il ne pouvait pas passer une seconde de plus en sachant que sa petite sœur, la personne qu'il aimait le plus au monde, était en grand danger.

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MessageSujet: Re: Grief is a species of idleness ◉ PV JULIET.   Jeu 3 Nov - 17:52

Avant cette nuit, jamais Jules ne se serait sentie capable de parcourir un tel chemin à travers la jungle et surtout de nuit. A présent qu’elle se trouvait en ‘sécurité’, elle ressentait le côté irresponsable de son acte. Pourtant au fond d’elle, une pointe de fierté réchauffait son cœur. Elle avait beau être enceinte de sept gros mois, elle avait réussi ce qu’elle avait entrepris. Pour la première fois depuis le crash elle ne se sentait pas diminuée. Malgré la fatigue et l’angoisse elle avait atteint son but et c’est comme si plus rien ne pouvait l’arrêter. Pourtant, ce fut bien la voix de son frère qui la tétanisa le temps d’un instant. La mâchoire serrée, elle avait attendu le bon moment avant de signaler sa présence et ainsi révéler son identité. A présent que Jack savait qui se trouvait dans sa tente, elle pouvait librement déambuler dans cette dernière et ainsi offrir son réconfort à son frère. Enfin ça, c’était le scénario que Juliet s’était imaginée pendant toute son escapade : elle tomberait une nouvelle fois dans les bras de son frère mais cette fois, rien ne se mettrait en travers de leur route. Elle s’en était faite la promesse. Elle avait tellement besoin de lui et en ce moment plus que jamais. Bien entendu, elle n’avait pas à se plaindre de son quotidien sur la plage. Il y avait toujours quelqu’un autour d’elle, prêt à lui rendre un service. Et pourtant, malgré cela, la jeune femme se sentait terriblement seule et incomprise. Les rescapés ne voyaient en elle qu’une femme enceinte obligée de vivre ses derniers mois de grossesse à essayer de se remettre de la mort de son mari. Peu d’entres eux étaient au courant de la face cachée de son couple : elle ne tenait pas particulièrement à leur pitié. Et pourtant, un réel vide se faisait ressentir. Bien qu’Anthony se comportait comme un vrai connard avec elle, Juliet ne pouvait se résoudre à le quitter car elle était persuadée qu’un jour ou l’autre il redeviendrait le garçon qu’elle avait autrefois aimé. Maintenant, sa présence lui manquait. Même s’il avait utilisé chacun des points faibles de la jeune femme pour la faire souffrir, même s’il lui arrivait de lui cogner dessus parce qu’elle avait osé le contredire. Ce que Juliet regrettait c’était de ne plus avoir de personnes aussi proches auprès d’elle, des personnes qui soient capables de lire en elle comme dans un livre ouvert et qui connaisse ses moindres secrets. Des personnes comme Jack.

Voir son frère dans un si triste état rendait la jeune femme malade. Comment l’homme qu’elle croyait inébranlable avait-il pu devenir ainsi ? Elle se gifla mentalement de n’avoir pas écouté plus attentivement les paroles de son amie. Eris avait certainement du lui dire l’essentiel de l’histoire mais il a suffit que Juliet entende « Jack est blessé » pour que la jeune femme arrête de l’écouter pour mieux se concentrer sur sa mission à venir. A le voir ainsi, Jules avait l’impression que son frère avait eu affaire au redoutable monstre qui sévissait sur l’île. Elle se garda bien de lui demander si elle avait raison. Elle verrait ça plus tard. Pour l’instant, elle devait faire en sorte que Jack arrête de faire sa tête de mule et reste calme. Mission quasi-impossible. C’est avec un pincement au cœur qu’elle acquiesça les paroles de son frère. Il devait s’asseoir et c’était bien normal vu son état mais le voir se dégager ainsi et s’éloigner d’elle lui faisait mal. Elle se mordit la lèvre inférieure, attendant patiemment que Jack réussisse à mettre de l’ordre dans ses idées. Elle comprenait le choc que pouvait lui avoir fait son apparition soudaine dans sa tente, pourtant elle avait espéré une toute autre réaction. Elle avait espéré pouvoir de nouveau lui sauter dans les bras en enfouir sa tête au creux de son cou. Elle avait espéré ce sentir à nouveau l’amour de son frère l’envelopper en même temps que ses bras. Elle avait espéré entendre à nouveau les petits surnoms qu’elle avait pourtant détestés un jour. Elle avait tant espéré ces choses. Mais pour l’instant elle devait se contenter de regarder son frère se battre une nouvelle fois avec lui-même, tiraillé par deux émotions contradictoires.

« Mais merde Jules, tu devrais pas être ici ! » Les mains sur les hanches, Jules s’autorisa à lever les yeux au ciel. Au lieu de lui montrer à quel point il était content de la voir, il se contentait une nouvelle fois de lui montrer ses erreurs. « J’allais tout de même pas te laisser seule alors qu’on m’a dit que tu était blessé ». Juliet ferma les yeux un instant. Elle se retenait de demander à Jack de lui faire une place sur son lit : elle avait terriblement envie de se reposer ne serait-ce qu’une minute. Mais demander cela à son frère reviendrait à lui donner raison et il était hors de question qu’elle se montre fragile. Son geste avait beau être irresponsable, en gardant la tête haute elle voulait prouver à Jack que son excursion n’avait été qu’une promenade de santé. Bien entendu il n’en était rien et son frère ne devait absolument pas voir que ses jambes menaçaient de se dérober sous elle. Alors, pour palier sa faiblesse et cacher ses tremblements, Jules fit les cents pas dans la tente : ce qui lui permettait également de réfléchir à la suite. L’inquiétude que nourrissait Jack à son égard la mettait dans tous ses états. Elle n’avait pas besoin de son aide ce soir. C’est lui qui avait besoin d’elle. Elle secoua imperceptiblement la tête et profita que Jack se cache derrière ses mains pour prendre la parole. Elle s’obligea à contrôler sa voix et à ne montrer aucune émotion. Sa voix se devait d’être douce et calme. « Ecoute Jacky, l’important c’est que je sois là. Il ne m’est rien arrivé donc arrête d’imaginer le pire d’accord ? Evidement que j’ai pensé à tous les dangers que cette petite ‘promenade’ pouvait apporter mais ta santé primait sur tout. J’ai perdu maman, j’ai perdu Anthony, on peut dire que même papa fait parti des disparus : alors je refuse qu’une telle chose t’arrive ». Bien entendu, Anthony n’avait pas été le meilleur exemple. Mais il avait tout de même fait parti de sa vie au même titre que d’autres membres de sa famille. Quand à son père, bien qu’il soit toujours en vie, elle n’avait jamais senti de lien profond les unir.

Instinctivement, elle recula lorsqu’elle vit son frère se lever et arriver droit sur elle. Si elle avait apprit une chose des écarts de conduite d’Anthony c’était qu’il fallait toujours être sur ses gardes et mettre une certaine distance de sécurité. Alors qu’il lui faisait à présent face, elle plaça ses mains de part et d’autres de ses épaules pour l’obliger à se contenir. Elle jeta furtivement un coup d’œil en direction de l’entrée de l’abri, prête à y voir apparaître quelqu’un. Elle avait à présent beaucoup de mal à se contrôler et la fatigue commençait à prendre possession de son corps. Elle murmura un ‘shhh’ à l’attention de son frère dans l’espoir que ce dernier baisse le ton. Elle avait réussi à arriver jusqu’ici sans encombres et elle ne voulait pas que son frère compromette son plan pour une stupide histoire. Quand ses yeux tombèrent sur sa blessure, elle haussa imperceptiblement les épaules pour signifier, d’une part que ça n’avait pas d’importance et d’une autre part parce que ce n’était pas le but de sa visite. Quand son poignet fut agrippé par Jack, la jeune femme serra les dents. Son plan commençait réellement à filer un mauvais coton. Le pire dans tout cela c’était qu’elle n’avait aucune idée de l’attitude à adopter pour que son frère accepte de rester calme. Les traits crispés par la fatigue et la douleur, elle ne protesta pas tout de suite. Elle pouvait aisément se mettre dans la peau de son frère et comprendre son agissement. Pourtant, à cet instant, elle avait une terrible envie que Jack se décide enfin à lâcher les armes et –ne serait-ce que pour une fois- qu’il s’en remette à elle. « Si tu acceptais de baisser le ton, personne ne saurais que je suis ici. Je suis certaine que si tu continues sur ta lancée, d’ici quelques secondes même mon campement saura où je suis. » Elle tira son poignet en arrière dans l’ultime espoir que Jack lâche prise. « Je vais te ramener à la plage. » Elle planta son regard dans celui de son frère, pour la première fois depuis longtemps la jeune femme n’avait pas envie de capituler. C’est tout aussi fermement que son frère qu’elle prit la parole. « Non Jack. » Elle réussit à se détacher de l’emprise de Jack et recula de quelques pas jusqu’à sentir la toile de tente dans son dos. « Non. Je ne retournerais pas à la plage et pour deux raisons. La première c’est que tu as besoin de moi. La deuxième c’est que je ne me sens franchement pas capable de rentrer tout de suite. » Pour accompagner sa dernière phrase, Juliet se baissa afin de s’asseoir par terre. Recluse dans un coin de l’abri, elle laissa un soupir fatigué sortir de ses lèvres avant de poser son regard sur Jack. Elle tapota le sol à côté d’elle pour qu’il comprenne qu’il devait s’asseoir à ses côtés. « Je crois qu’on a beaucoup de choses à se dire toi et moi. Et il est hors de question que je parte d’ici avant qu’on ait pu tout régler. »
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Jack N. Lawrens
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MessageSujet: Re: Grief is a species of idleness ◉ PV JULIET.   Sam 26 Nov - 21:45

« I'm sorry... Yeah I'm sorry ! I'm sorry that I'm not as perfect as you, I'm sorry that I'm not as good ! »

Même si Jack avait amplement eu le temps de digérer l'arrivée de sa soeur dans sa tente, il n'en restait pas moins sous le choc, incapable de penser à autre chose que tous les dangers qu'elle encourrait. Il savait qu'il ne faisait qu'aggraver la situation, ce que Juliet ne manqua pas de lui rappeler, mais c'était plus fort que lui. Il avait toujours eu tendance à réagir avec disproportion face aux évènements surprenants mais cette attitude s'était amplifiée depuis son accident : même s'il ne l'aurait avoué pour rien au monde, il était littéralement terrifié dès que quelque chose d'anormal se produisait. A chaque fois, il était à nouveau transporté aux falaises et se revoyait basculer dans le vide en une chute interminable. Parfois, il regrettait de ne pas être mort sur le coup. Il aurait probablement causé beaucoup de chagrin à sa sœur mais au moins, tous ses problèmes se seraient envolés et il n'aurait jamais eu à subir les conséquences de l'incident. Aujourd'hui, il se sentait faible, presque impuissant, alors qu'il était face à sa sœur, à savoir la personne qui lui voulait probablement le plus de bien. Que se passerait-il lorsqu'il se retrouverait face à l'homme qui lui avait tiré dessus ? Ou face à Morgan ? Ces deux pensées lui donnaient presque envie de se réfugier sous une couverture et de ne plus jamais en sortir, même si bien entendu, il se détestait pour être aussi lâche.
Il aimait sa sœur, plus que tout au monde, même. Il aimait son regard tendre, son sourire à la fois innocent et malicieux et ses longs cheveux blonds qui lui donnaient l'air d'un ange. Pendant des années, elle avait été sa plus grande fierté, il l'avait regardée grandir et devenir une merveilleuse jeune femme, capable, malgré les traumatismes de sa jeunesse, de réussir dans la vie. Mais aujourd'hui, malgré ses paroles douces et apaisantes, il n'avait pas envie de l'écouter. La fierté avait disparu pour laisser place à une jalouse dévorante qui lui donnait envie de hurler. Cette femme qui se tenait devant lui était sa sœur. Ils avaient grandi au sein de la même famille alors que s'était-il passé pour qu'elle devienne aussi parfaite et que lui tourne aussi mal ? C'était si injuste qu'il en avait mal au ventre, comme si la jalousie qu'il avait envers sa sœur lui grignotait vicieusement l'estomac. Il y avait pire encore : s'il acceptait la présence de sa sœur et donc, de se calmer, alors il admettait qu'elle était meilleure que lui et se rangeait à ses parfaites décisions. Mais s'il le refusait et s'énervait encore, alors il passerait tout simplement pour le salaud de service. Rôle qui lui allait à merveille depuis quelques temps et qu'il rêvait d'abandonner. Au final, il était condamné à jouer un rôle qui ne lui allait pas.

Sa sœur avait beau mettre en avant le fait qu'elle avait déjà perdu beaucoup de membres de sa famille et qu'elle ne voulait pas le perdre à son tour, Jack ne l'écoutait pas. Quelques minutes plus tôt, il était partagé entre la gratitude et la folie de son geste, mais à présent, il n'avait plus aucune hésitation : Juliet avait eu tort de venir ici et il était prêt à le lui prouver une bonne fois pour toute. Ne se rendait-elle pas compte à quel point elle avait mis en danger sa vie pour quelqu'un qui ne le méritait pas et qui n'était même pas capable de lui rendre ne serait-ce que le quart de son amour ? Peut-être aimait-elle se faire du mal mais Jack était bien décidé à y mettre un terme. Sa sœur ne souffrait plus jamais à cause de lui, il se l'était promis. Absorbé par le délire qui l'habitait, il ne réalisa pas une seule seconde qu'il lui suffisait de sourire à Juliet et de la prendre dans ses bras pour éviter qu'elle ne soit blessée.
Lorsqu'elle lui ordonna de se taire, il obéit pourtant. Mais cela n'avait rien à voir avec une quelconque force de persuasion de la part de sa sœur : seulement, en se levant et en s'approchant d'elle, il avait vu la peur dans son regard. Non pas parce qu'elle craignait que quelqu'un rentre dans la tente et les surprenne, mais parce que l'attitude de Jack l'effrayait. Alors, il eut l'impression qu'un immense poids s'affaissait sur ses épaules et menaçait à tout moment de le faire tomber. Sa sœur, sa petite sœur adorée, celle qu'il s'était juré de protéger envers et contre tout, avait peur de lui. Jack se serait donné des claques pour tout ce qu'il lui faisait subir mais la colère qui l'envahissait était devenue trop forte pour être contrôlée. Lorsqu'elle refusa clairement de rentrer à la plage, rajoutant qu'elle ne s'en sentait pas capable, ses lèvres se retroussèrent en un rictus méprisant. Lorsqu'elle ajouta qu'ils avaient besoin de parler, il explosa. Au point où il en était, peu lui importait de réveiller la moitié du campement : il devait lui dire une bonne fois pour toute ce qu'il avait sur le cœur même si cela impliquait de faire fuir sa sœur une fois encore.
« Beaucoup de choses à dire ? BEAUCOUP DE CHOSES A SE DIRE ? Qu'est-ce que tu veux que je te dise exactement, Jules ? Ce qui m'est arrivé, c'est ça ? Oh ben, j'ai enlevé des gens, je leur ai fait du mal et puis ensuite, j'ai décidé de sauter du haut d'une falaise histoire d'oublier toutes ces conneries. La routine, quoi ! Tiens, et puis pourquoi j'en profiterais pas pour te raconter ce qui m'est arrivé à l'armée ? Comme ça, tu pourrais peut-être me dire comment c'était, la vie commune avec Anthony ! Mais oui, échangeons nos souvenirs et faisons comme si on n'était pas sur une putain d'île déserte, entourés de tarés prêts à te bondir dessus au moindre mouvement ! » Il passa une main tremblante sur son front, le cœur battant. Il savait qu'il était complètement fou de hurler ainsi et qu'il allait probablement faire pleurer Juliet mais il avait besoin de prouver une bonne fois pour toute qu'il était plus fort que la peur qui ne le quittait plus depuis des jours. Il devait certainement avoir l'air d'un fou aux yeux de sa sœur : ses cheveux étaient désordonnés et encadraient son front luisant de sueur tandis que ses yeux, prêts à sortir de leurs orbites, la scrutaient intensément. « Tu peux pas venir ici alors que tu es dans cet état, tu comprends ? T'es enceinte jusqu'aux dents, blessée par je ne sais quel malade et je suis sûr que tu peux à peine marcher ! Pourquoi tu fais tout ça pour moi ? Je t'ai rien demandé, merde ! Tu te sens pas de retourner à la plage, hein ? Mais pourquoi t'y es pas restée, alors ? Tu sais très bien comment j'allais réagir, tu le savais, ne dis pas le contraire ! » fit-il en la désignant du doigt d'un air accusateur. « J'ai pas besoin de toi ! Pourquoi est-ce que tu continues à agir comme si j'en valais la peine ? J'étais prêt à crever tout seul si cette foutue île n'avait pas tout foutu en l'air, et voilà que maintenant, je dois encore m'excuser pour ne pas être aussi PARFAIT QUE TOI ! »

Le silence qui s'ensuivit fut absolument horrible. Le cœur de Jack battait à tout rompre, il n'entendait plus que cela et il avait l'impression que ce dernier avait exploser. Contrairement à ce qu'il avait cru, la douleur n'avait pas disparu : elle semblait plus forte que jamais, l'empêchant de respirer. Ses yeux s'agrandirent de honte et de surprise alors qu'il réalisait seulement ce qu'il venait de dire. Il n'arrivait pas à croire qu'il avait recommencé, mais en pire cette fois. Il ne voulait pas, il ne pouvait pas regarder sa sœur dans les yeux après ce qu'il lui avait dit. Pourquoi n'était-il pas capable de la serrer contre lui et de lui murmurer à l'oreille qu'il était heureux qu'elle soit là et qu'il était désolé, tellement désolé de ce qu'il lui avait dit à la rivière ? Qu'il n'en pensait pas un mot de toute façon et qu'à présent, ils ne se sépareraient plus jamais ? Il avait rêvé de ce moment pendant des jours et voilà qu'en quelques secondes, il avait de nouveau tout gâché. Sa sœur ne saurait jamais à quel point il l'aimait ni qu'elle était la dernière personne à qu'il avait pensé avant de fermer les yeux lorsqu'il avait du affronter le vide.
Une boule se forma dans sa gorge, ses yeux se mirent à piquer et lentement, il lâcha le bâton qui lui permettait de rester débout. Il leva sa main en signe de paix mais il savait que ce geste était inutile. Il était trop tard.
« Ju... Jules... » balbutia-t-il dans un murmure pathétique avant que ses jambes ne lâchent définitivement.

Sa tête heurta le sol mais le choc ne fut pas violent, contrairement à ce qu'il s'était imaginé. Il aurait pu essayer de se relever, mais il n'en avait même pas envie : il se sentait même bien mieux maintenant qu'il était allongé et il comprit qu'il avait eu tort d'avoir peur. Il avait survécu à quelque chose de terrible mais cela ne justifiait pas de vivre dans la crainte pour le reste de ses jours.
« Excuse moi... » dit-il sans savoir s'il prononçait réellement ces mots ou si ce n'était que l'effet de son imagination. Mais peu importe : il les pensait et il avait besoin que sa sœur les entende, qu'elle lui pardonne ou non. Cela ne changerait rien au fait qu'elle était une bien meilleure personne que lui mais au moins, il aurait saisi une occasion de se faire pardonner et peut-être, de lui montrer qu'elle avait eu raison de se battre pour lui et qu'à l'avenir, il essaierait de s'en montrer digne.

Spoiler:
 


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you're gonna make me lonesome when you go



I’ve seen love go by my door, it’s never been this close before, never been so easy or so slow. 'Been shooting in the dark too long, when somethin’s not right, it’s wrong. You're gonna make me lonesome when you go.

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MessageSujet: Re: Grief is a species of idleness ◉ PV JULIET.   Dim 4 Déc - 21:36

Juliet était bien décidée à faire évoluer la situation et à mettre les choses à plat. Depuis les révélations que lui avaient faites Echo, Jules était en proie à des cauchemars où Jack y était le personnage principal. Jamais elle n’aurait cru que son frère pouvait avoir vécu des choses aussi terribles. Elle n’avait pas été mise au courant de son engagement dans l’armée. Si elle l’avait su, nul doute qu’elle serait partie à sa recherche pour lui faire entendre raison afin qu’il renonce à cette idée saugrenue. Mais au lieu de cela, elle avait continué à vivre malgré son absence. Lorsqu’elle était encore à Sydney, il arrivait à la jeune femme d’imaginer la vie que pouvait avoir son frère. Elle l’avait imaginé père de trois enfants, mariée à une cuisinière hors pair et propriétaire d’un magnifique Golden retriever qu’il amenait partout avec lui à l’arrière de son pick-up noir. Elle avait également imaginé Jack faisant le tour du monde à la manière de Christopher McCandless avec pour seul bagage, un sac à dos. Il aurait alors sillonné le monde entier, passant les frontières à bord de diverses voitures. Il aurait également trouvé refuge dans un bus abandonné, se nourrissait uniquement de plantes. Elle s’était même surprise à l’imaginer agent secret, entouré des plus belles filles de la planète et éliminant les méchants d’un seul coup de poing. Bref, dans tous ses rêves, Jack était heureux des choix qu’il avait fait et tout semblait se passer pour le mieux.

Elle était alors tombée des nues quand elle avait apprit que durant toutes ces années, Jack n’avait connu que l’Enfer. Immédiatement, elle s’en était voulue de lui avoir reprocher son absence. Evidement qu’elle avait eu besoin de lui auparavant, mais maintenant, c’était à lui d’avoir besoin d’elle. Et c’était pour cette raison qu’elle se trouvait dans sa tente, fatiguée de leur dispute. Elle écarquilla les yeux de surprise quand Jack sortit de ses gonds. Jules était tétanisée par la dureté de ses paroles. Elle resta interdite tout au long de son discours, n’osant pas l’arrêter. Les larmes lui montèrent rapidement aux yeux, mais elle se força à prendre de grosses inspirations pour reprendre le contrôle. Mais sa tentative échoua lorsqu’elle entendit son frère mentionner sa chute du haut de la falaise. Elle baissa immédiatement la tête, honteuse de montrer à Jack à quel point il avait raison. Elle n’était qu’une faible qui s’était prise pour une héroïne des temps modernes. Elle avait réussit à trouver le chemin du campement en pleine nuit, à y rentrer sans encombre et voilà qu’elle pleurait devant la vérité. Pathétique
. « J'ai pas besoin de toi ! Pourquoi est-ce que tu continues à agir comme si j'en valais la peine ? J'étais prêt à crever tout seul si cette foutue île n'avait pas tout foutu en l'air, et voilà que maintenant, je dois encore m'excuser pour ne pas être aussi PARFAIT QUE TOI ! » Elle se força tout de même à relever la tête et à planter son regard bleu dans celui de son frère. Comment pouvait-il lui dire ça, comment pouvait-il encore lui reprocher d’être venue à son chevet ? Comment pouvait-il douter de l’importance qu’il avait aux yeux de Juliet ? Comment pouvait-il avoir eu envie de mourir, alors qu’ils venaient de se retrouver ? Comment pouvait-il oser la qualifier de parfaite ? Les lèvres tremblantes, elle ne pipa mot malgré le fait que Jack avait arrêté de parler. Il fuyait son regard mais malgré cela elle le fixait toujours aussi intensément. Quelque chose au fond d’elle semblait se briser. Elle était venue ici avec tant d’espoirs, qu’à présent elle menaçait de s’écrouler comme un vulgaire château de cartes.

Jack semblait se rendre compte de l’erreur qu’il venait de commettre. Jules le laissa avec ses démons intérieurs, elle était fatiguée de tout ça. Elle avait traversé la jungle pour lui, et tout ce qu’il réussissait à faire c’est à tout ficher en l’air. Pourtant, malgré cela, Juliet n’arrivait pas à être en colère. Elle arrivait à trouver des prétextes à la conduite de son frère. Elle était en train de caresser son ventre rebondi – chose qu’elle faisait souvent quand elle avait besoin d’être rassurée – lorsque son frère tomba à terre. Sans plus attendre, elle se dirigea vers lui à quatre pattes bien que sa jambe la lançait dans cette position. Elle entendit son mot d’excuse alors qu’elle était arrivée au niveau de son abdomen et elle se laissa tomber à ses côtés. Elle laissa passer quelques secondes de silence afin d’apprécier pleinement les paroles de son frère. Elle savait que ce genre de phrase, Jack ne les disait pas pour faire plaisir. Il les pensait réellement. Maintenant allongée à ses côtés, Jules plaqua son front contre le thorax de Jack et ferma les yeux. « A mon tour de parler. » Elle joua un instant avec la chemise de son frangin. « Déjà, je ne suis pas parfaite…sinon j’aurais accepté ton aide il y a deux ans. Et n’oublie pas qu’on a les mêmes gènes, je suis une Lawrens on ne peut pas le nier ! Je viens de traverser la jungle de nuit alors que je suis enceinte jusqu’au dent, comme tu me le dis si bien. » Un sourire triste s’empara de son visage. « Je suis venue parce que je ne voulais pas qu’on reste sur ce qu’il s’est passé à la rivière. Je m’en veux tellement Jack ! Alors quand Eris m’a dit que tu étais blessé, c’était tout décidé pour moi : je devais te rejoindre. Je n’ai plus que toi et je ne veux pas te perdre. Qu’est-ce qu’il s’est passé aux falaises ? » Elle noua ses doigts à ceux de Jack, elle avait besoin d’un contact. « Tu peux tout me dire tu sais. Même si je reste ta petite sœur, j’ai grandi. Crois-moi, je peux encaisser les choses maintenant. » Ses pensées s’égarèrent. Elle avait un tel besoin de lui parler qu’elle avait l’impression de ne pas avoir de fil conducteur. « Echo m’a tout raconté de ton périple à l’armée. J’avais bien vu l’autre fois que quelque chose avait changé en toi mais je ne m’attendais pas à cela. » Sa main libre se baladait le long du visage de Jack, caressant ainsi sa joue à chaque passage. « Même si je ne peux pas me mettre à ta place, je peux comprendre pourquoi tu réagis ainsi à chaque fois. Tu te protèges. Mais n’oublie pas qui je suis. Jamais je ne pourrais te faire de mal. Tu n’es pas obligé de te braquer dès que j’essaye de dire ou faire quelque chose. Je me suis longtemps reposée sur toi, l’inverse est possible tu sais. » Un soupir fatigué s’échappa de ses lèvres. « Viens on reste enfermé dans ta tente pour toujours. Toi, moi et mini-Lawrens. On a besoin de personne. » Juliet se laissa un instant aller. Serrée contre son frère, elle écoutait sa respiration régulière qui la berçait légèrement. Bien que la fatigue la submergeait, Jules aurait été incapable de s’endormir. Elle se sentait beaucoup trop nerveuse pour fermer les yeux et elle avait envie de profiter de chaque seconde passée près de son frère. Elle s’imagina un instant, recluse dans un coin de l’île avec pour seule compagnie celle de son frère et de son enfant. Cette pensée avait quelque chose de rassurant. Mais pour l'instant, elle se devait de rester encrée dans la réalité. Jack était à ses côtés et il avait besoin d'aide.




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Jack N. Lawrens
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MessageSujet: Re: Grief is a species of idleness ◉ PV JULIET.   Lun 19 Déc - 18:13

Whatever it takes,
just tell me you'll stay with me forever.
Don't turn away, just tell me you'll stay.

Allongé sur le sol, les yeux fermés, Jack essayait vainement de calmer les battements de son coeur. Il regrettait amèrement de s'être emporté contre sa soeur et pas seulement parce que son corps fatigué refusait de se soumettre à la colère. Il avait beau forcer ses paupières à rester closes afin de ne plus voir ce qui l'entourait, le visage de Juliet, interdit et muet de stupeur, restait gravé dans son esprit. Comment avait-il pu être aussi odieux avec elle ? Elle était venue pour faire la paix et qu'avait-elle reçu en retour ? Un insupportable égoïsme qui s'était transformé en amertume, puis en véritable haine. Oui, elle avait probablement du croire qu'il la détestait alors que c'était tout le contraire : il n'était juste pas capable de lui dire de façon simple qu'il tenait à elle. « Désolé, désolé, désolé... » répétait-il d'une voix inaudible, de façon presque incohérente. Mais il savait que rien ne pourrait atténuer le poids des paroles qu'il avait eu contre sa soeur, et surtout pas cette misérable façon de s'excuser. A force de se répéter qu'il n'était pas à la hauteur, il avait fini par réellement le prouver : si sa soeur avait fait tout ce chemin depuis la plage, c'était qu'elle avait estimé que son frère en valait la peine mais que pensait-elle désormais ? Jack revoyait encore ses yeux embués de larmes lorsqu'il l'avait laissée à la rivière, il n'osait même pas imaginer dans quel état elle allait être aujourd'hui.
Il attendit donc, sûr qu'il entendrait bientôt des sanglots étouffés lou bien des pas se diriger vers la sortie de sa tente. Mais rien de tout cela ne se passa et lorsque Jack ouvrit les yeux, il eut la surprise de constater que son champ de vision était obscurci par des longs cheveux dorés. Elle était là, à ses côtés, malgré les paroles dures qu'il avait prononcé à son égard. Soudain, il comprit que malgré le fait qu'ils avaient tous les deux changés et qu'il n'était plus possible de revenir en arrière, Juliet n'était plus la fragile femme enceinte qu'il considérait quelques minutes plus tôt comme une étrangère. Elle était bel et bien sa soeur, sa petite soeur qu'il s'était efforcé de protéger durant son enfance et qui aujourd'hui lui prouvait qu'elle était bien plus forte que n'importe quel autre survivant ici. Il ne pouvait pas s'empêcher de trouver cette situation ironique : il avait toujours eu peur pour Juliet, il pensait qu'elle aurait toujours besoin de lui et lorsqu'il s'était trouvé en face de l'homme qui la battait, il avait cru avoir raison. Inversement, il s'était persuadé qu'il n'avait besoin de l'aide de personne et qu'il pouvait tout affronter seul. Aujourd'hui, il comprenait à quel point cette fierté mal placée pouvait être dangereuse car les rôles étaient désormais inversés : en faisant le premier pas, Juliet avait montré qu'elle pouvait affronter toutes les épreuves sans s'écrouler tandis que lui, Jack, le soldat entraîné, était à peine capable de tenir sur ses jambes.

Il referma les yeux et écouta sans protester une seule fois le discours de sa soeur : pourtant, il eut parfois envie de l'interrompre mais il avait tellement peur de dire à nouveau des bêtises qu'il préférait rester silencieux. Même si entendre sa soeur dire qu'elle était au courant d'une vérité qu'il s'était efforcé de cacher minutieusement à chacun sur cette île était extrêmement douloureux. Comment Écho avait-elle pu le trahir à ce point-là ? Ce n'était pas à elle d'annoncer ce qu'il avait vécu à l'armée, mais à lui, et à lui seul. Même si une petite voix dans sa tête ajouta sournoisement que si Écho ne s'en était pas chargée, Juliet n'aurait peut-être jamais connu la vérité.
Brusquement, une immense vague de fatigue l'envahit : Juliet savait, il n'avait plus besoin de faire semblant et même si cette perspective était un soulagement, elle était aussi angoissante. Il était tellement habitué à jouer la comédie avec tout le monde qu'il ne savait plus comment être lui-même, même avec sa soeur. Comment était-il censé avouer à sa soeur qu'il agissait uniquement de cette manière parce qu'il était terrifié ? Il avait beau savoir qu'elle ne le jugerait pas et qu'en quelque sorte, elle était là pour ça, il se sentait terriblement humilié.

Pourtant, lorsqu'elle prit sa main dans la sienne avant de caresser sa joue, il tressaillit à peine : il avait oublié à quel point il était agréable de se laisser simplement aller et de se sentir en confiance avec une personne que l'on aime. Bientôt sa respiration redevint régulière et il réussit même à sourire lorsqu'elle ajouta d'un ton enfantin qu'ils pouvaient très bien restés dans la tente pour toujours, rien qu'eux trois. Même si Jack ne pouvait pas faire abstraction de la dure réalité, il devait avouer que cette pensée était à la fois alléchante et réconfortante.
« Mini-Lawrens ? C'est son prénom officiel ou.... ? » finit-il par demander d'une voix rauque au bout de quelques minutes de silence avant de rire doucement. « Désolé, c'est juste que j'ai encore du mal à me faire à l'idée que tu... Enfin, que tu... » Presque mal à l'aise, il enchaîna rapidement pour ne pas avoir besoin de terminer sa phrase. « Mais je suis content pour toi. Je te l'avais encore jamais dit, alors... Et il... Enfin, Mini-Lawrens a de la chance de t'avoir. » Il prit une profonde inspiration avant de prendre la parole de nouveau : il allait avoir besoin de tout son souffle et de tout son courage pour répondre à tout ce qu'elle venait de lui révéler. « Je suis tellement désolé, tu sais. Pour ce que je t'ai dit l'autre jour, dans la jungle. J'étais... Jules, il faut que tu comprennes que ça fait deux ans que je suis ici et que te voir débarquer brusquement, c'est... c'est franchement flippant. Tout comme le fait que tu sois au courant pour... » Cette fois encore, il ne termina pas sa phrase. « Écho n'aurait jamais du te le dire, c'était pas à elle de le faire. Je suis désolé que tu te sois inquiétée inutilement parce que je vais bien, je t'assure. Je suis juste... un peu sur les nerfs ces derniers temps. Mais je vais bien. L'armée, c'est du passé pour moi. » Il savait très bien qu'elle ne serait pas dupe et qu'elle ne le croirait pas une seule seconde mais il ne se sentait pas capable d'aborder le sujet avec elle pour le moment. Il devait encore lui parler de son accident aux falaises et c'était largement suffisant pour le moment : il ne voulait surtout pas prendre le risque de fondre en larmes devant elle, il s'était rendu assez ridicule comme ça pour le reste de la nuit. « Pour les falaises... Je ne sais pas exactement ce qui s'est passé, je me rappelle seulement avoir ententu le bruit d'un coup de feu avant de... enfin, avant de tomber, quoi. » Il se redressa en grimaçant : il eut la désagréable impression que tous ses os craquaient les uns après les autres tandis qu'il parvenait à retrouver une position assise. « Écoute, je... j'ai pas envie de parler de tout ça, tout va bien, je t'assure. Je suis fatigué, c'est tout. Mais maintenant, je veux savoir ce qui t'es arrivé, à toi. Qui t'a fait ça ? » Il se souvint alors que Juliet avait aussi mentionné le prénom d'Eris dans son discours. Comment les deux femmes s'étaient-elles rencontrées et surtout, que s'était-il passé pour qu'elles deviennent amies ? Encore un mystère qu'il allait devoir élucider, mais chaque chose en son temps, il ne voulait pas assaillir Juliet avec des questions trop insistantes qui auraient donné à la jeune femme l'impression qu'il l'agressait. « Non attends, ne dis rien, on va d'abord se lever. Je pense que Mini-Lawrens ne doit pas vraiment apprécier que sa mère soit allongée par terre, non ? » Joignant le geste à la parole, il lui prit la main d'un geste doux en souriant faiblement. Il avait l'impression de réapprendre à marcher, il avait peur de faire un mouvement brusque et que tout s'écroule à nouveau. « Et Jules, je... je... » Il passa sa main libre sur son visage, comme si cela suffirait à chasser la fatigue qui l'habitait. Son esprit semblait lui jouer des tours, il n'arrivait pas à rassembler ses pensées pour exprimer à Juliet ce qu'il voulait lui dire. « Je suis heureux que tu sois là. » finit-il par dire simplement. Mais l'avait-elle seulement quittée un jour ?

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MessageSujet: Re: Grief is a species of idleness ◉ PV JULIET.   Lun 26 Déc - 13:16


Depuis le jour où Juliet avait quitté la rivière, elle avait eu besoin de se prouver à maintes reprises qu’elle n’était pas qu’une petite blonde enceinte et impotente. Elle avait voulu montrer qu’elle avait sa place au campement et pas seulement en y plantant sa tente. Elle avait fait des efforts malgré sa situation et avait même osé s’aventurer à plusieurs reprises dans des endroits dont elle n’avait pas soupçonné l’existence. Sa vie à Sydney lui semblait bien lointaine désormais. Quand elle y repensait, un sourire amer se posait sur ses lèvres. Jamais plus elle ne retrouverait le piteux confort de son appartement. Jamais plus elle n’irait chez son père seulement pour faire bonne figure et montrer qu’ils étaient un semblant de famille. Jamais plus elle ne toucherait un pinceau. Jamais plus elle n’irait dans les bars récupérer un mari plus qu’éméché et violent. Jamais plus elle ne verrait Anthony. Non, maintenant sa vie se résumait à un seul mot : survivre. Chaque jour était une lutte constante. Les survivants avaient beau avoir établit un campement, ils n’étaient pas moins en danger sur cette île. Croire qu’ils allaient déjouer tous les mystères environnants n’étaient que des foutaises. L’île semblait avoir des droits sur eux. Le monstre métallique qui commençait à roder inlassablement autour de leur campement en était la preuve.

A présent qu’elle se retrouvait aux côtés de son frère, Juliet devait bien avouer qu’elle avait eu raison de se battre. Jamais elle n’avait autant tenu tête à son frère, et bien que l’épisode à Sydney où elle avait appelé la police pour faire embarquer Jack pouvait s’y apparenter, Jules n’avait fait ça que pour le protéger. Pour avoir été à plusieurs reprises la cible d’Anthony, elle savait de quoi il était capable. Elle savait qu’il pouvait n’avoir aucune limite. Mais sur cette île, c’était différent. Elle n’avait pas peur de le brusquer et de lui rentrer dedans. Il y avait des choses qu’il devait entendre et qui ne pouvait attendre. Mais Jules tentait de le faire avec le plus de diplomatie possible. Il restait son frère. Celui qui lui avait apprit à faire du vélo sans les petites roulettes. Elle lui serait loyale à jamais car les liens du sang étaient plus fort que tout.
Elle avait apprécié que Jack ne la coupe pas, elle avait tellement de choses à lui dire que les mots sortaient de sa bouche pour constituer des phrases qui n’avaient aucun lien entre elles. Elle avait simplement besoin de lui dire tout ce qu’elle avait sur le cœur. Juliet avait également oublié à quel point la présence de son frère était la chose la plus rassurante qu’elle connaissait. A présent allongée à ses côtés, elle avait l’impression que plus rien ne pouvait les atteindre. Ensemble, ils étaient invincibles. Un regret naquit en elle quand elle repensa à la manière dont elle l’avait traité il y’a de cela deux ans. Qui sait comment les choses se seraient passées si elle avait accepté son aide. Aurait-elle quitté le pays avec Jack à bord du même avion qui s’était crashé ou bien seraient-ils restés dans leur pays natal et auraient tenté de renouer avec leur père ? Juliet ne le saura jamais et c’est pourquoi elle devait rester concentrée sur la réalité. A savoir Jack qui tentait de lui parler de son enfant.

Elle s’était promise d’essayer de ne pas l’interrompre mais elle ne pouvait pas rester sans rien dire alors que son frère semblait avoir du mal à s’exprimer à propos de son enfant. « Je ne sais pas si ça sera une fille ou un garçon donc en attendant Mini-Lawrens sera très bien. » Elle darda son regard azuré sur Jack avant de répliquer « D’ailleurs ne t’avises pas de l’appeler ‘Petit Navet’. Tu m’as assez traumatisé avec ce surnom. » Elle éclata de rire en pensant aux trop nombreuses fois où Jack était venu la chercher à la sortie de l’école en criant ce surnom. C’était la seule manière qu’il avait trouvé de faire rappliquer Jules à vitesse grand V, il avait horreur qu’elle traîne trop. « Et il aura également la chance de t’avoir comme oncle. J’en suis certaine. » Elle accompagna sa phrase d’une nouvelle caresse sur le bras. Elle se tut pour de bon quand elle comprit que son frère rebondissait sur ce qu’il s’était passé lorsqu’il était dans l’armée. Pour l’avoir épié à de nombreuses reprises, Juliet était capable de voir lorsque son frère mentait. Et il le faisait en ce moment même. Pourtant elle ne prit pas la peine de le relever. Jack savait à présent qu’il pouvait compter sur elle, elle ne voulait pas le brusquer. Les horreurs qu’il avait vécu l’avait sans doute changé à jamais et Jules pour l’instant, pouvait seulement lui montrer qu’elle le soutenait.Même si elle s’était empêchée de réagir un peu trop vivement sur son passé, ce qu’il était arrivé aux falaises fut une tout autre histoire. Elle plaqua ses deux mains sur son visage fatigué et frotta ses paupières. Ce n’était pas un accident. Jack n’était pas tombé des falaises suite à un faux mouvement. Quelqu’un avait délibérément tenté de l’éliminer. Jules allait répliquer une énième fois quand son frère la coupa dans son élan. Visiblement, lui aussi voulait savoir ce qui lui était arrivée. Elle porta instinctivement sa main à sa blessure et sourit faiblement. Décidément, les Lawrens avaient une façon bien à eux de survivre. Juliet avait eu envie de lui répondre que ce n’était rien –ce qui était vrai lorsque l’on comparait l’étendu des dégâts chez l’un et chez l’autre – mais elle se contenta de prendre la main que lui tendait son frère.

Une fois qu’elle fut debout, une nouvelle vague de fatigue l’envahit. Jules resta un instant vacillante sur ses jambes avant de retrouver un semblant d’équilibre. Elle posa une nouvelle fois son regard bienveillant sur son frère et sans aucune cérémonie, elle s’approcha de lui avant d’encercler sa taille de ses bras. Bien que son ventre la gênait légèrement, Jules apprécia cette nouvelle promiscuité. Jack venait de lui dire à quel point il était content qu’elle soit là et c’était tout ce qui lui importait car après tout, si elle s’était aventurée aussi loin dans la jungle c’était pour définitivement faire la paix avec Jack. Il y avait assez de complications sur cette île, ce n’était pas la peine que leurs querelles viennent tout compliquer. La tête posée contre le torse de son frère, elle sourit en se demandant si l’île était aussi mauvaise qu’elle le pensait. Après tout, elle venait de leur donner une seconde chance. A eux d’en profiter et de repartir sur de toutes nouvelles bases.
Elle releva la tête pour faire face à son frère. Il lui avait posé une question il y a de cela quelques minutes et elle le connaissait assez bien pour dire qu’il ne la lâcherait pas.
« Avant toute chose, il faut que tu me promettes que tu ne lui feras rien. C’était un accident. » Elle laissa passer quelques secondes de silence pour être certaine que son frère prenne conscience de ses paroles. « C’est une longue histoire. Vraiment. Mais saches qu’elle ne l’a pas fait exprès et qu’elle se sent assez coupable comme ça. Eris ne savait pas que j’étais à terre, elle s’est juste sentie menacée je suppose et à simplement voulu se défendre. » Elle serra instinctivement ses bras autour de Jack, elle craignait sa réaction et tenta de rapidement dévier le sujet. « En tout cas je comprends maintenant ce que tu as ressentit quand tu m’as vu. J’ai flippé quand je suis tombée sur Eris. Elle était la dernière personne que je m’attendais à voir sur cette foutue île ! Même toi, à comparer, c’était quelque chose de normal. Comme si c’était le destin. »
Juliet repensa à la manière dont elle s'était jetée sur Eris. Elle l'avait prit pour un ennemi qui voulait s'en prendre à son enfant. Elle se garda bien de révéler ce petit détail à Jack. Il avait déjà assez matière à commenter.
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Jack N. Lawrens
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MessageSujet: Re: Grief is a species of idleness ◉ PV JULIET.   Jeu 29 Déc - 19:13

I'll put it behind me,
go to a place where she can't find me.
'Cause obviously, she's out of my league,
I'm wastin' my time 'cause she'll never be mine.
I know I never will be good enough for her.

Alors qu'il attendait que sa soeur pose sa main dans la sienne afin qu'il l'aide à se relever, Jack réalisa tout le temps qu'il lui avait fallu pour accepter l'arrivée soudaine de Juliet sur l'île. Un être humain normalement constitué aurait accueilli la nouvelle avec joie et aurait serré sa soeur dans ses bras dès la première rencontre. Seulement, Jack n'était pas un être humain normalement constitué, du moins, c'était la conclusion à laquelle il arrivait tandis qu'il énumérait les cris, les disputes et les larmes qu'ils avaient du supporter avant de de se retrouver enfin. Bien sûr, la relation complexe qui les unissait n'arrangeait pas les choses mais Jack savait pertinemment qu'il était le premier responsable de l'échec de leurs retrouvailles.
Il regrettait tout ce qu'il avait pu faire ou dire et qui avait bien failli mettre en péril leur relation. Il aurait tellement voulu être le grand-frère parfait pour Jules ou au moins, être à nouveau ce petit garçon qui protégeait sa soeur par dessus tout. Mais la peur qui l'habitait constamment depuis son départ de l'armée, la haine qu'il nourrissait à l'égard de l'île et la honte de n'avoir pas été présent pour sa soeur lorsqu'elle en avait eu besoin avaient fini par le consumer entièrement. Lorsqu'elles étaient arrivées à leur paroxysme, il n'avait pas eu d'autres choix que de déverser toute sa colère : malheureusement, elle s'était dirigée vers la mauvaise personne et même s'il pouvait lire dans les yeux de Juliet qu'elle n'était pas fâchée, il se sentait terriblement honteux d'avoir réagi de la sorte. Il n'était pas à la hauteur de sa soeur, c'était évident mais pour autant, ce n'était en aucun cas la faute de Juliet. C'était à lui de s'améliorer, à lui de faire en sorte de devenir quelqu'un de confiance et sur lequel elle pourrait encore s'appuyer. Mais il ne se faisait pas trop d'illusion : si à cet instant, il était plein de bonnes volontés, il savait aussi qu'il était imprévisible et que son impulsivité lui jouait parfois des tours. Souvent, il en venait même à se demander s'il n'était pas en train de devenir fou. Pourtant, la psychologue qui s'occupait de lui avant son arrivée sur l'île avait bien précisé qu'il n'était pas malade, seulement anxieux. Qu'aurait-elle déclaré en le voyant s'énerver de la sorte contre sa soeur ? Qu'il ne s'agissait que d'anxiété ? La bonne blague. Il n'était pas médecin mais il n'était pas non plus stupide et il savait très bien que son comportement n'était pas normal.

Visiblement, ce n'était pas l'avis de Jules qui semblait persuadée qu'il ferait un bon oncle pour le p'tit n... Mini-Lawrens. Gêné, il lui adressa un demi-sourire : il ne pouvait pas protester car il refusait de contrarier une fois encore sa soeur mais il ne pouvait pas non plus accepter le compliment. Même s'il savait que cela blesserait Juliet, il ne pourrait pas être présent pour cet enfant pour la simple et bonne raison qu'il aurait trop peur de lui faire du mal par inadvertance. Mais sa soeur comptait sur lui, elle aurait probablement besoin de soutien à la naissance de son enfant et s'il lui tournait le dos une fois encore, il n'était pas certain que Juliet soit aussi compréhensive. Alors qu'il se demandait comment être présent pour elle sans lui faire de mal, il sentit sa main se poser dans la sienne. Sans réfléchir, il referma ses doigts sur ceux de sa soeur et l'aida à se relever.

Il la regarda vaciller avec inquiétude, lui-même luttait légèrement lui-même pour rester droit sur ses jambes mais son propre état ne comptait absolument pas à ce moment-ci. Il voulait seulement être certain que sa soeur allait bien et il allait lui demander lorsqu'elle s'approcha de lui et l'enlaça silencieusement par la taille.
Partagé entre la crainte et l'émotion, il se raidit d'abord avant de se laisser aller et de serrer contre lui sa soeur. Au départ, l'étreinte apparut presque comme étrangère et il eut presque envie de prendre ses jambes à son cou comme à chaque fois qu'il était face à la nouveauté. Puis, il se rappela que ce n'était pas la première fois qu'il prenait sa soeur dans ses bras. Combien de fois l'avait-il bordée dans son lit, le soir ? Combien de fois l'avait-il réconfortée après un terrible cauchemar ? Il se rappelait même encore de la dernière fois où il l'avait embrassée, juste avant de partir de l'armée. Il était entré dans sa chambre en pleine nuit : Juliet dormait profondément et il n'avait surtout pas voulu la réveiller. La gorgée nouée, il avait déposé un baiser sur son front en sachant pertinemment qu'il ne la reverrait pas avant un moment. Le lendemain, il était parti sans se retourner mais pas une seule journée ne s'était déroulée sans qu'il ne regrette son geste ce soir-là. Il aurait du la réveiller, la prendre dans ses bras et lui dire qu'il l'aimait plus que tout au monde. Pourquoi était-il parti comme un voleur, bon sang ?

Il fut ramené à la réalité par la voix de sa soeur qui commençait à répondre à la dernière qu'il lui avait posée, à savoir l'identité de la personne qui l'avait blessée. Il ne l'avait pas dit à sa soeur mais il avait la ferme intention d'aller trouver cette personne et de lui faire passer l'envie de s'attaquer à Juliet. Il ne supportait pas l'idée que quelqu'un aie pu s'en prendre à elle de cette façon : comment pouvait-on attaquer une femme enceinte ? La petite voix dans son esprit s'empressa de répondre d'une voix presque moqueuse : "que dis-tu de l'homme qui a enlevé Poppy, alors ?" Soit. Il n'était pas mieux que l’agresseur de Juliet mais cela ne changeait rien au fait qu'il ne laisserait pas cet affront impuni.
Aussi, quelle ne fut pas sa surprise lorsque Juliet lui expliqua qu'il s'agissait d'un accident et qu'il ne devait pas se venger. Cependant, elle ne fut rien comparée à celle qu'il ressentit en entendant le prénom de la coupable : Eris. Jack eut brusquement l'impression que la pièce tournait vite autour de lui, beaucoup trop vite.
« Elle... quoi ? » fut tout ce qu'il put dire alors que Juliet continuait de parler, apparemment bien décidée à noyer le poisson. « Woh woh, stop ! Eris ? C'est une blague, j'espère ! Eris ? ERIS ? » Il était complètement perdu, cette fois. Il n'était pas toujours en très bons termes avec Eris, leurs deux forts caractères avaient parfois du mal à s'accorder mais il n'aurait pu croire qu'elle était capable d'une chose pareille. Accident ou pas, c'était la même chose aux yeux de Jack : elle avait fait du mal à sa soeur et tout ce que Juliet trouvait à dire, c'était qu'elle avait seulement voulu se défendre. « Ne lui cherche pas d'excuse. » répondit-il finalement d'une voix blanche. « Comment aurait-elle pu se sentir menacée par toi ? C'est... Elle t'a lancé une flèche, c'est ça ? Sans même voir qui c'était, forcément ! Elle aurait pu... »
Il se dégagea brusquement de l'étreinte de Juliet.
« Tout ça, c'est ma faute. Si seulement j'étais pas parti comme ça l'autre jour, j'aurais pu... Eris est dangereuse et toi, tu... Mais je comprends pas, tu... tu la connais ? Tu connais Eris. Nom de... » C'était définitivement beaucoup trop d'informations d'un seul coup. « Elle aurait pu... Mais tu vas bien au moins ? Et le bébé ? reprit-il d'un air furieux. Mais merde, tu voudrais que je passe l'éponge, comme ça ? Mais quel genre de grand frère je suis si je ne suis même pas capable de te protéger ? Il faut que je te protège, d'accord ? Je... je vais la tuer. Elle t'a... Elle t'a... Elle aurait pu... Te protéger, c'est sûrement le dernier truc que je suis capable de faire correctement alors... » Soudain, il se rendit compte qu'il devait probablement passer pour un véritable fou aux yeux de sa soeur. Le souffle court, il peinait à trouver ses mots pour terminer ses phrases et il n'était même pas sûr que Juliet comprenne un seul mot de ce qu'il disait. Lorsqu'il reposa les yeux sur sa soeur, son regard était presque douloureux. « Pardon... Juste, dis-moi ce que je dois faire... » finit-il par dire d'une voix presque inaudible. Il se sentait tellement fatigué... Il posa une main sur son front et ferma les yeux, incapable de chasser l'image d'Eris, l'arc à la main, prête à décocher une flèche à sa soeur accroupie par terre et sans défense.

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MessageSujet: Re: Grief is a species of idleness ◉ PV JULIET.   Mer 18 Jan - 23:25

Raconter la vérité à Jack n’était pas une mince affaire. Jules devait savamment peser ses mots tout en veillant à ne pas laisser trop de silence entre deux phrases. Elle savait que Jack réagirait immédiatement à ses propos, aussi fallait-il qu’elle lui expose la situation le plus clairement et rapidement possible. A mesure que les mots sortaient de sa bouche, Juliet avait conscience qu’elle n’arriverait pas à modérer la situation. Jack semblait s’agiter et bien qu’elle s’accrochait toujours à lui, la jeune femme appréhendait le moment où il se détacherait d’elle – car c’était ce qu’il allait faire : elle en était persuadée. Quand Jack su enfin qui était la responsable, son sang ne fit qu’un tour. Juliet ferma les yeux une seconde avant de resserrer son étreinte. Cela ne le contiendrait en rien mais ça avait l’avantage de la calmer. Au vue du ton qu’il avait employé son frère ne semblait pas porter particulièrement la jeune femme dans son cœur. A moins que cela n’ait rien à voir avec l’identité de la personne mais plutôt l’acte en lui même. Juliet repensa à ce que lui avait avoué son frère quelques minutes plus tôt : bien qu’elle n’avait aucune idée – tout comme Jack apparemment – de qui avait bien pu lui tirer dessus, elle nourrissait une colère énorme à l’encontre de son agresseur. Chose plutôt normale dans la mesure où la jeune femme qualifiait les liens de sang comme les plus importants. Et elle savait que pour Jack c’était la même chose. Elle le voyait au fond de ses yeux : malgré les reproches que tout deux s’étaient fait, ils restaient irrémédiablement liés l’un à l’autre. Juliet savait que son frère avait changé mais elle avait la certitude qu’elle restait l’une de ses priorités. C’est d’ailleurs l’une des raison qui l’avait poussé à vouloir calmer la situation d’entrée de jeu. Oui Eris avait tiré sur elle, mais elle avait également des circonstances atténuantes. Quand on vit sur une île déserte depuis plus de deux ans, l’instinct de survie devient plus fort que tout. Si Eris avait eu connaissance de qui se trouvait derrière les buissons, sans nul doute qu’elle n’aurait jamais dégainé son arc.

Quand elle comprit que ses explications ne servaient sans doute à rien, une moue boudeuse apparut sur le visage de la jeune femme. Elle continua cependant à l’écouter, consciente qu’elle ne pourrait de toute façon rien lui dire tant qu’il ne lui aura pas déballé tout ce qu’il avait sur le cœur. Bien que légèrement blessée par le fait que Jack la repousse une nouvelle fois, elle se contenta de croiser les bras sous la poitrine en imaginant une nouvelle façon d’éclaircir les choses. Il était hors de question qu’il s’en prenne à Eris. Elle avait été un de ses seuls soutien en Australie et bien qu’elle pouvait passer pour quelqu’un de froid, elle restait une personne de confiance. Et puis Juliet était intimement persuadée qu’Eris s’en voulait déjà assez sans que Jack ne viennent lui rabattre une nouvelle fois les oreilles. Eris ne lui avait jamais clairement parlé de la relation qui l’unissait à Jack. Tout ce qu’elle savait c’était qu’ils jouaient un peu au chat et à la souris. En y repensant, ça ne la surprenait guère : tout deux avaient un caractère tellement fort qu’il devait y avoir forcément des étincelles. Voire des feux d’artifices encore plus impressionnant qu’un quatorze juillet.


Au fur et à mesure que le temps passait, Juliet pouvait lire dans le regard de son frère mille et un sentiments mélangés. Bien qu’il paraissait furieux à l’encontre d’Eris, elle savait également qu’une partie de cette colère était injustement dirigée contre lui. Il s’en voulait de ne pas avoir pu la protéger ce jour-là et Juliet n’arriverait sans doute jamais à lui mettre en tête qu’il ne pouvait pas toujours être à ses côtés. Un sourire triste apparu au coin de ses lèvres vermeilles. Elle les humecta légèrement avant de secouer la tête. La jeune femme se faisait violence depuis plusieurs minutes à présent pour ne pas intervenir. Le discours décousu de Jack ne pouvait que l’enfoncer un peu plus dans son idée saugrenu. Oui Eris lui avait bel et bien tiré dessus mais contrairement à ce qu’il pensait c’était un accident. Le voir dans cet état lui déchirait littéralement le cœur et n’étant pas vraiment habituée à ce genre de comportement de la part de Jack, elle ne savait pas vraiment quelle solution adopter. Devait-elle lui coller une bonne gifle de peur que la situation ne se transforme en crise d’hystérie ? Ou devait-elle simplement le laisser parler jusqu’à ce qu’il soit à court d’arguments ? Elle pencha pour la deuxième solution : d’une part parce qu’elle n’était tout bonnement pas capable de s’en prendre volontairement à son frère physiquement parlant et d’une autre part parce qu’elle sentait qu’il avait besoin de dire les choses à voix haute. Certes ses paroles avaient du sens mais seulement pour lui car Juliet n’était pas d’accord avec ses dires et elle était bien décidée à éclaircir au mieux la situation quand son frère aura déposé les armes. Au moment même où Juliet se répéta mentalement qu’il fallait attendre le bon moment ; Jack laissa passer quelques secondes de silence avant de capituler. A cet instant, il semblait tout bonnement à bout de force. « Pardon... Juste, dis-moi ce que je dois faire... »

Juliet s’avança vers lui avec précaution comme elle l’avait fait à son entrée dans le campement. Non pas qu’elle craignait les réactions que pouvait avoir Jack mais elle ne voulait pas paraître trop insistante. Elle s’arrêta à quelques centimètres de lui. Elle profita que ce dernier se couvre les yeux pour entreprendre ses explications. « Aies simplement confiance en moi. » Elle avait soufflé ses quelques mots qu’elle considérait comme les plus importants. « Imagine toi simplement à sa place. Tu es à découvert et tu profites de quelques secondes de calme lorsqu’un bruit suspect se fait entendre. Tu aurais fais quoi toi ? Je ne pense pas que tu aurais simplement attendu voire fuis. Je te connais trop bien. » Juliet se remémora au mieux la journée harassante qu’elle avait vécu. Elle s’était sentie en danger sur la plage, elle avait cru que quelque chose n’allait pas. Que son bébé était malade. Alors la jeune femme avait entrepris de traverser la jungle seule sans aucun vivre mais la fatigue et le soleil avaient eu raison de sa santé et elle s’était écroulée. Les menaces d’Eris ne lui étaient pas parvenues aux oreilles, tout ce qu’elle avait sentit c’était la flèche qui traversait sa chair. Juliet ne mentionna pas la crise qu’elle eu quand son regard se posa sur son amie. Moins il en connaitrait les détails sordides, mieux ça serait. Jules sortit de sa rêverie rapidement et se concentra sur son frère. « Regardes-moi » Elle prit le menton de son frère entre son pouce et son index pour le forcer à la regarder droit dans les yeux. Ce geste n’avait rien d’anodin, il avait même une signification particulière pour la jeune maman. Il y a des années de cela, son père lui avait fait à plusieurs reprises la même chose : surtout dans les moments où elle était triste ou penaude. Lorsqu’elle plongeait son regard dans celui de son père elle se noyait immédiatement dans le vert de ses yeux – exactement les mêmes que ceux de Jack. Son père n’avait généralement rien à dire de plus parce qu’il suffisait à la petite fille qu’elle était à l’époque de se laisser aller dans la sérénité qui se lisait dans le regard de son père pour aller mieux. Puis les années passèrent et son père commença à se désintéresser de ses enfants assez du moins pour que Jack se sente responsable et devienne le pilier de la famille. Aux yeux de Juliet il était devenu un genre d’héros aux supers pouvoirs qui pouvait réussir à la calmer en moins de deux secondes. Il avait d’ailleurs repris ce rituel, à savoir la forcer à le regarder droit dans les yeux. Assez longtemps pour qu’elle réussisse à se convaincre que tout allait bien et que les choses s’arrangeraient d’elle-même.

« J’ai dis regarde-moi » Juliet insista davantage jusqu’à ce que son regard croise celui de son frère. Elle voulait qu’il se rende enfin compte que malgré ce qu’elle avait traversé, elle était toujours là. C’était une battante tout comme lui et il fallait qu’il le comprenne enfin. « J’ai traversé la jungle de nuit juste pour tes beaux yeux alors je crois qu’on peut dire que oui, je vais bien. » Un sourire amusé s’afficha sur son minois à mesure que les mots sortaient de sa bouche. « Il est évidant que j’ai, et que j’aurais, toujours besoin de toi. Tu es mon frère quoi ! C’est toi qui m’as appris à mastiquer de la vieille réglisse et à la cracher par terre pour faire comme les cow-boys. C’est toi qui m’as appris à grimper dans les arbres quand le chien du voisin se mettait à courir derrière moi. C’est toi qui m’as également appris à donner de grands coups dans le ventre des garçons dès qu’il tentait de savoir ce qu’il y avait sous ma jupe à l’école. » Son visage se fit soudain plus grave bien que son sourire ne l’avait pas quitté. « Et je ne te parle même pas des fois où tu as pris ma défense quand papa s’en prenait injustement à nous. Et puis, combien de fois m’as tu rejoints dans ma chambre juste après la mort de maman ? ». Les trois derniers mots eurent du mal à franchir le seuil de ses lèvres. Il n’arrivait que très rarement aux enfants Lawrens d’évoquer leur mère. Mais à cet instant Juliet avait voulu la mentionner. Le suicide de sa mère a eu pour effet de complètement anéantir leur famille mais également leur vie. Les choses auraient pues être pire si Jack n’avait pas prit le contrôle de la situation. Juliet voulait lui montrer qu’il n’était pas ce qu’il disait être. Bien qu’il se pouvait que son séjour à l’armée l’ait quelque peu changé, Jack restait tout de même un homme foncièrement bon. Elle en était persuadée. Il suffisait juste qu’il arrive à s’en convaincre. « Bref tout ce que je veux te dire c’est que tu ne pourras pas être toujours là. C’est tout bonnement impossible ! Mais quoi qu’il se passe, j’aurais toujours besoin de toi tout comme tu auras toujours besoin de moi. » Juliet lâcha le visage de Jack et recula de quelques pas. « Tu m’as demandé ce qu’il fallait que tu fasses ? C’est très simple. Abandonnes-toi. Même si c’est seulement pour quelques secondes lâches tout. Tu es une boule de nerf et tant que tu n’auras pas accepté de lâcher prise, tu n’arriveras pas à avancer. C’est impossible qu’un seul homme puis contenir autant d’émotions que ce soit de la colère ou bien de la tristesse. Alors si ton égo t’interdit de craquer devant ta petite troupe…profites du fait que je me tiennes là devant toi prête à jouer mon rôle, prête à assumer ce rôle que tu as exercé durant toutes ses années. »

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Jack N. Lawrens
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SECRETS : le suicide de ma mère et mon enlèvement en Afghanistan. Personne n'a besoin de savoir.
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MessageSujet: Re: Grief is a species of idleness ◉ PV JULIET.   Sam 4 Fév - 16:43

And I am afraid of the demon inside me,
the monster that runs through my veins.
[...]
But I'm never letting you go.

Jack avait depuis longtemps renoncé à être quelqu'un de normal. Peut-être l'avait-il été à l'époque où il n'était qu'un gamin insouciant mais quelque chose en lui s'était brisé lorsqu'il avait découvert le corps sans vie de sa mère sur le carrelage de la cuisine. Pourtant, pour protéger sa soeur et lui éviter de souffrir davantage, il avait toujours fait en sorte d'agir comme si de rien n'était. Bien sûr, lorsqu'ils se retrouvaient le soir tous les deux dans le lit de Jack, blottis l'un contre l'autre, tous deux mesuraient parfaitement à quel point leur vie avait changé. Mais à l'extérieur, personne n'avait jamais su à quel point Jack avait changé. A l'école, il agissait exactement comme auparavant et personne n'avait jamais compris à quel point il devait se forcer pour être aussi enjoué. Au fil des années, cette mauvaise comédie l'avait lentement détruit et avait creusé un vide entre lui et les autres. A force de vouloir cacher la détresse et la douleur, elles avaient fini par le définir entièrement et il était devenu cet être insaisissable, capable de passer du rire à la colère la plus folle en moins d'une minute.
Qui était-il réellement ? En réalité, il ne le savait plus. Était-il plutôt cet homme froid et sombre qui s'énervait injustement contre les autres ou bien ressemblait-il davantage à ce lâche qui refusait d'affronter les problèmes en face ? Il n'avait jamais eu l'impression d'être lui-même car indéniablement, les épreuves qu'il avait traversé l'avaient profondément changé mais il en venait parfois à se demander s'il ne se mentait pas à lui-même et si tout ceci n'était qu'un vaste mensonge. Mais comment savoir ? Il n'avait aucun moyen de remonter dans le temps et de revenir au temps où il n'était qu'un enfant. Il ne pouvait que continuer à avancer à tâtons, sans connaître sa réelle identité. C'est pourquoi il se tenait là devant sa soeur, les mains tremblantes, le visage défait, sans être capable de prendre la moindre décision.

Comment savoir ce qu'il devait faire ? Il avait autant envie de tuer Eris que de lui pardonner. Le visage hésitant de sa soeur n'arrangeait pas les choses : il aurait préféré lire clairement sur ses traits qu'elle était choquée par sa réaction mais seul un sourire triste et énigmatique apparut au coin de ses lèvres. A nouveau, il se détesta pour lui infliger une telle souffrance. Il aurait été tellement plus simple de la prendre dans ses bras et d'accéder à sa requête, à savoir passer l'éponge. Mais il en était incapable : à chaque fois qu'il osait poser son regard sur sa soeur, il voyait à quel point elle avait du avoir peur. Elle avait beau adopter un ton désinvolte et que dans les mêmes circonstances, il aurait agi de la même manière, il n'était pas totalement idiot. Il pouvait voir que sa rencontre avec Eris avait laissé des marques sur elle, autres qu'une blessure physique. Mais une fois encore, il était incapable de lui venir en aide car il ne savait pas comment s'y prendre. Pourquoi ne pouvait-il pas redevenir ce petit garçon de dix ans qui n'avait qu'un seul et unique but, protéger sa soeur ? A l'époque, leur relation était tellement simple... Aujourd'hui, malgré leurs retrouvailles, il se sentait toujours comme un étranger en sa présence, comme si le temps qui s'était écoulé le privait d'être à nouveau son grand frère. Lorsqu'il le comprit, une immense tristesse s'empara de lui et il baissa la tête, vaincu. S'il venait à perdre sa soeur, alors il n'était plus rien du tout.

Soudain, des mains se posèrent sur son menton, le forçant à relever la tête. Il se raidit immédiatement tandis que ses souvenirs assaillaient son esprit : il avait beau essayer de lutter pour ne pas se rappeler, il se revit enfant, effectuer le même rituel avec Juliet lorsqu'elle était triste ou angoissée. Après la mort de leur mère, leur père s'était peu à peu désintéressé de leur sort et Jack avait alors tant bien que mal essayé de reprendre son rôle.
La douceur de la voix de sa soeur, qui insistait toujours pour qu'il lève le regard vers le ramena à la réalité. Comme un enfant pris en faute, il obéit lentement et lorsque leurs regards se croisèrent, il eut l'impression que cette scène familière s'était déjà jouée des centaines et des milliers de fois. Il lui fallut plusieurs secondes pour réaliser que ce n'était pas qu'une impression et que les souvenirs qu'évoquaient sa soeur, il les avait vécu lui aussi. La chaleur de la main de Juliet dans la sienne alors qu'ils courraient pour attraper le bus tous les matins, son regard à la fois effrayé et curieux lorsqu'il lui expliquait que les autres garçons n'étaient que des imbéciles et qu'elle devait lui promettre de ne jamais se laisser faire... Tout ce qu'il s'était efforcé d'oublier lors de son départ à l'armée n'avait jamais complètement disparu car ces souvenirs faisaient partis de lui.

Juliet voulait qu'il cesse de se cacher derrière un masque d'impassibilité et qu'il se laisse pour une fois aller, mais il ne put écouter que d'une oreille la fin des mots de sa soeur : à l'instant même où elle avait mentionné la mort de leur mère, le temps avait cessé et il s'était trouvé incapable de se concentrer sur une autre chose. Sans le savoir, sa soeur avait mis des mots sur un fait que Jack n'avait jamais réellement voulu accepter. Brusquement, la réalité le frappa : un matin, sa mère avait décidé de s'ouvrir les veines avec un couteau de cuisine. C'était simple, tellement simple, qu'il ne comprenait pas pourquoi il n'y avait pas pensé plus tôt.
Les yeux écarquillés par la surprise, il regarda sa soeur reculer de quelques pas et comme elle ne parlait plus, il crut qu'elle allait s'en aller.
« Non ! » Sans réfléchir, il s'avança vers elle et prit fermement sa main dans la sienne avant d'être certain qu'elle ne pourrait plus jamais la lâcher. En silence, car il savait que s'il ouvrait la bouche, il se mettrait probablement à pleurer, il la guida jusqu'au matelas sur lequel il était allongé quelques minutes plus tôt et l'invita à s'y asseoir, avant de faire de même. Elle devait probablement se demander ce qu'il était en train de faire mais au point où il en était, il importait peu à Jack de passer pour un fou. Car la femme qui était assise à côté de lui était sa soeur et il était son frère, c'était aussi simple que cela. « Je... » L'instant d'après, ses joues étaient inondées de larmes mais pour la première fois, il n'en ressentit aucune honte. « J'ai peur. Tu vois, c'est idiot parce qu'ici, tout le monde est persuadé que je suis juste une machine sans aucun coeur. J'ai peur de cette île, j'ai peur de l'homme qui a essayé de me tuer, j'ai peur de tous ceux que je ne connais pas. Mais pas seulement, j'ai aussi peur du noir parce que ça me rappelle l'endroit où j'ai été enfermé pendant des mois sans jamais voir la lumière du jour une seule fois. Et depuis que je sais que tu es sur l'île, j'ai peur pour toi, tout le temps. Mais surtout, surtout... J'ai peur parce que je ne sais plus vraiment qui je suis. Mais Jules... Quand tu me parles, quand tu me rappelles qu'à une époque, on était ensemble et heureux... je crois que je suis capable de me souvenir quel genre de personne je suis. Alors... Merci... Merci, vraiment. » Il ne savait pas du tout si c'était ce que Juliet attendait de lui mais il avait senti le besoin de lui expliquer tout cela. « Et je suis désolé de ne pas être le grand frère idéal et d'être parti. Je regrette vraiment et je donnerais tout pour être à nouveau celui qui venait te réconforter dans ta chambre après un cauchemar... Parce qu'au final, la seule chose dont je sois vraiment sûr aujourd'hui, c'est que je suis ton grand frère alors... est-ce que tu penses que tu peux me pardonner pour tout ce que j'ai pu faire ? »

A présent, tout ce dont il aspirait était une simple conversation avec sa soeur, le genre de conversation qu'un frère et une soeur ont lorsqu'ils se retrouvent autour d'une tasse de café. Il voulait savoir ce qu'elle exerçait comme métier avant le crash, si elle peignait toujours et comment elle avait fait connaissance avec Eris. Si aujourd'hui était sa seule chance d'être normal ne serait-ce que pour quelques heure, alors il n'avait aucune intention de laisser passer sa chance.

Spoiler:
 

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you're gonna make me lonesome when you go



I’ve seen love go by my door, it’s never been this close before, never been so easy or so slow. 'Been shooting in the dark too long, when somethin’s not right, it’s wrong. You're gonna make me lonesome when you go.

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Grief is a species of idleness ◉ PV JULIET.

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